La grève d’employés de solidarité (EdS) au sein de l’entreprise Partage (voir le site du SIT pour plus d'infos), qui dure depuis bientôt un mois, relance opportunément la question de la qualité de ce dispositif introduit lors de la révision de 2007 de la Loi genevoise sur les mesures cantonales (LMC). Si des dysfonctionnements propres à cette entreprise ne sont pas à exclure, force est de constater que les griefs avancés par les grévistes font largement écho à ceux soulevés depuis longtemps par nombre d’acteurs sociaux, dont le syndicat SIT.

Avant d’en venir à ceux-là, il vaut la peine de rappeler dans quel contexte cette mesure a été créée et les objectifs qu’elle visait. Il nous semble en effet que toute évaluation, pour éviter systématiquement et au premier accroc, de jeter le bébé avec l’eau du bain, doit tenir compte de la situation antérieure. En ce sens, il faut reconnaître que le système qui préexistait aux EdS, soit les emplois temporaires cantonaux (ETC) d’une durée maximale d’une année, n’était guère satisfaisant. Outre qu’ils étaient potentiellement menacés au plan législatif par le SECO qui avait déclaré ne plus en vouloir, les ETC ne répondaient qu’à la seule fonction de permettre aux chômeurs de rouvrir un délai cadre d’indemnisation – ce qui n’est évidemment pas négligeable. Du point de vue salarial, on était déjà dans une situation critique puisque leur revenu était compris entre 3'500 et 4'500 francs. Du point de vue de la non-concurrence avec des postes étatiques, force est encore de constater que les services de l’Etat et du secteur subventionné qui en ont fait usage les ont très souvent utilisés pour faire face aux mesures d’économies qui avaient cours parallèlement. Quant à la valeur « intégrative » de ces emplois, elle était pour le moins limitée : d’une part, la plupart des ETC finissaient par retourner au chômage, de l’autre, ils avaient souvent vécu une expérience de travail peu enrichissante, aussi bien au plan de son contenu, que de l’ambiance (la durée limitée de leur poste ainsi que leur substitution à des emplois « normaux » n’étaient pas de nature à faciliter leur intégration dans les collectifs de travail).

Dans cette optique, l’idée de créer des postes de travail à durée indéterminée, de « vrais emplois », pour les proposer à des chômeurs en fin de droit pouvait légitimement apparaître comme un progrès. Par contre, et c’est probablement l’erreur de conception initiale du dispositif qui explique le plus grand nombre des problèmes que l’on rencontre aujourd’hui - d’autres sont apparus par la suite aux niveaux opérationnel et de gestion des EdS - il y a eu d’emblée une volonté pour le moins paradoxale autour de la finalité de ces emplois. En effet, il était annoncé que ceux-là devaient constituer un tremplin vers le « premier » marché de l’emploi. Or, mélanger dans le même dispositif « vrais emplois » et « mesures d’insertion » ne peut que mener à la situation actuelle, globalement décevante (voir le Blog de Sandrine Salerno).

Il faut en effet impérativement distinguer ces deux dimensions qui constituent toutes deux des problématiques prioritaires mais qui appellent des réponses assez différentes même si elles sont intrinsèquement liées. D’une part, il y a l’emploi dont on manque globalement à Genève, avec une spécificité d’un marché très segmenté, d’un côté très dynamique dans les secteurs à haute valeur ajoutée et personnel hautement qualifié, de l’autre, dans les secteurs à faible qualification, un marché très tendu et sous la menace permanente de sous-enchère salariale. De l’autre, il y a la (ré)insertion professionnelle, qui demande une « mise à niveau » de salariés qui, pour mille raisons différentes se retrouvent à ne plus répondre aux critères actuels d’ « employabilité ». Et les deux problématiques se recoupent dans le sens où les moyens qui sont donnés à la réinsertion sont souvent insuffisants pour se rendre employable autrement que sur un marché où il n’y a pas d’offre d’emplois.

C’est donc là qu’il faut mettre en place une politique différente. En créant d’une part des postes de travail qui répondent aux besoins non-solvables de la population, que ce soit au sein de l’Etat ou d’associations subventionnées, mais qui soient de vrais emplois au sens du respect des conditions salariales de l’entreprise. De l’autre, en renforçant les mesures d’insertion par le travail comme les AIT et les ARE (subventionnement du salaire de manière limitée dans le temps) par l’adjonction de mesures de formation et de coaching, que ces retours au travail se fassent sur le marché primaire ou secondaire (« complémentaire ») de l’emploi.