(est)éthique - blog de Julien Dubouchet Corthay

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Ca va mieux en le chantant

Parce que je pense en chantant ou, autrement dit, les chansons me pensent.

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dimanche 8 septembre 2013

Oiseaux de passage, par Nicolas Bacchus

Oiseaux de passage, par Nicolas Bacchus

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu'avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l'amour n'a qu'un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs : " C'est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j'ai fait mon devoir. "

Elle a fait son devoir ! C'est à dire que oncques
Elle n'eut de souhait impossible, elle n'eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L'emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu'on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s'allume
Et mourir au matin sur le cœur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n'est point hideux
Ce canard n'a qu'un bec, et n'eut jamais envie
Ou de n'en plus avoir ou bien d'en avoir deux.

N'avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !... Tout à coup, dans l'espace,
Si haut qu'il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L'air qu'ils boivent feraient éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d'atteindre sa chimère,
Plus d'un, l'aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d'azur, des poètes, des fous.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu'eux.
Et le peu qui viendra d'eux à vous, c'est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

samedi 7 septembre 2013

La sentinelle, par Luke

La sentinelle, par Luke

j'ai vendu ma misère pour une voix de soumission
au fond de moi la sentinelle
pouvait briller sans exception
et les sourires étaient les mêmes
a-t-on le cri du coeur,la vérité ou la raison
vous n'entendez donc que la bête
et ses réponses à vos questions

est-ce que la fièvre
est un délit d'opinion
est-ce que ma peine
était un vote de sanction
et la sentinelle
qui trouve réponse à mes questions
serait-ce la bête
serait-ce la bête
ou bien l'oppression

mon cri sert de silence
aux fossoyeurs de la compassion
aux mijaurées de la suffisance
aux incendiaires de l'unisson

quand un sourire décède
d'avoir trop souri à l'opinion
à cette soupape,cette sainte-atéle
j'aurais pu encore dire non

refrain

ravale donc ta rengaine
ravale donc tes sanglots
de l'amour ou de la haine
qui donc aura bon dos...

j'ai eu ce cri de guerre
pas en faux-frére
mais en sans-nom
je donne ma main à l'enfer,
sous vos crachats,
ma rédition

refrain

Cousine, par Nicolas Bacchus (avec Anne Sylvestre)

Cousine, par Nicolas Bacchus (avec Anne Sylvestre)

(Lui)
Toi l’ancêtre, toi la jolie
Toi la révoltée de la vie
Toi qui as appris le courage
Un printemps dans les débrayages
Qu’as crié "Tchécoslovaquie!"
Le fond de l’air était roussi
T’es pas retournée à l’usine
Cousine

(Elle)
Toi, le morveux, le mal rasé
Toi qu’es de trente ans mon cadet
Toi qu’as appris que la misère
Elle est pas qu’au bout de la terre
Qu’as gueulé "Hospitalité!"
Le fond de l’air est tout bouché
Tu as pas trouvé de turbin
Cousin

Ma précieuse, ma jamais riche
Toi qui lisais Ivan Illich
Qui as signé à peine en cloque
Un manifeste de salopes
Toi qu’as chanté "Enragez-vous!"
Toi qui as baroudé partout
Il y a le feu dans tes prunelles
Ma belle

Toi qu’es plus vraiment un bambin
Qui as vu crever tes copains
Toi qui as brandi dans les capotes
Ta dignité d’être salope
Toi qui as hurlé "Mort à Gênes!"
Que jamais ça ne nous reprenne
Mais ça nous reprend tout le temps
Mon grand

Toi la vieille, la magnifique
Qui as pas cédé aux années fric
Toi qui es partie de la ville
Ouvrir les prisons, les asiles
Qui as pas attendu le grand soir
Les drapeaux rouges, les drapeaux noirs
Tu vis ici et maintenant…
Maman ?

M’appelle pas maman, mon gars
Des bonnes mères, j’en connais pas
Toi tu n’es pas rempli de doutes
Toi tu crois au bout de la route
Tu fais des rêves générales
Avec le temps on dort plus mal
Avec le temps on rêve moins
Gamin

Et puis on continue pourtant
Et puis tu souris tout le temps

(Ensemble)
On invente d'autres manières
Pour passer les années d'hiver
D'autres armes, d'autres chansons
Des trucs pour énerver les cons
Et des remparts à nos folies
Merci

L'identité nationale, par Nicolas Bacchus

L'identité nationale, par Nicolas Bacchus

Jugeant qu'la plupart des Français
Etaient moins fiers d'être Français
Qu'ils l'avaient été sous Pétain
Et que le drapeau tricolore
Flottait un peu comme un rat mort
Dans l'eau croupie d'un vieux bassin
Un brave élu à la main moite
Qui avait passé l'arme à droite
Et qui fouettait de la trombine
Nous dit mes frères désormais
Vous allez avoir un carnet
Pour affirmer vos origines

Avec mon carnet citoyen
Je vais pouvoir casser les reins
Aux apatrides de la pègre
Je le porterai en sautoir
Car tout le monde doit savoir
Que mes parents ne sont pas nègres
Je suis un fils de l'hexagone
Et je ne permets à personne
De plaisanter sur mon blason
Et si on me prend pour un Suisse
J'irai me plaindre à la police
En leur prouvant qu'je suis breton

Je suis français de père en fils
Mon père a tété la nourrice
D'un chamelier du Cotentin
Ma mère était fille de notaire
Et petite-fille de son grand-père
Et rempailleuse de traversins
Mon oncle Albert était un con
Qui cachait dans un cabanon
Un officier d'la Gestapo
Ma tante était née dans la Creuse
Au sein d'une famille nombreuse
Atteinte de l'impétigo

Je suis un français de pure souche
Et j'ai toujours au coin d'la bouche
Un bon rictus de franchouillard
Surtout dans les repas de noces
Où d'un pas viril et véloce
Je fais la danse des canards
J'ai même appris l'accordéon
Avec Jean-Charles Gros-Côlon
A la MJ de Touche-Mes-Noix
Et je prépare les vins d'honneurs
Pour régaler les ingénieurs
Des pompes à merde du Crôtois

Le jour du quatorze juillet
Je plante des drapeaux français
Sur les fenêtres de ma rue
J'ai même fait tondre ma pelouse
Quand en juillet 92
Un All'mand s'est couché dessus
Quand sur la Méditerranée
Le Boche revient de faire bronzer
J'aime à lui crier Vive De Gaulle
Et d'un puissant revers de main
Je claque la gueule à mon gamin
Qui dit vieux con t'es même pas drôle

Patience un jour il deviendra
Chauvin et con comme un Gaulois
Pourvu qu'il boive autant que moi

France Culture, par Arnaud Florent-Didier

France Culture, par Arnaud Florent-Didier

Il ne m'a pas appris l'Anglais
Il ne m'a pas appris l'Allemand
Ni même le Français correctement

Elle ne m'a pas parlé des livres
De l'histoire, des idées
Pas de politique à suivre
Pas de mouvements de pensées

Elle ne m'a rien montré de pratique
Ni cuisine ni couture
Faire monter une mayonnaise
Monter une SARL, tenir un intérieur

Il ne connaissait pas grand chose en mathématiques
Ni l'équation de Schrödinger
Mais pour être honnête
On a veillé à c' que je perfectionne mon revers à deux mains
Que je fléchisse bien sur les jambes, mais ce n'est pas resté
Ce n'est pas rentré

On m'a donné un modèle libéral, démocratique
On m'a donné un certain dégoût
Disons désintérêt de la religion

Mais il ne m'a pas dit à quoi servait le piano
Ni le cinéma français qui, pourtant, le faisait vivre
Elle ne m'a pas dit comment ils s'étaient mariés, trompés, séparés
Ni donné d'autre modèle à suivre
On m'a pas parlé de Marx, rival de Tocqueville
Ni Weber, l'ennemi de Lukacs
Mais on m'a dit qu'il fallait voter

Elle n'a pas caché l'existence mais a tu celle de
Rousseau, de Proust, de Mort à Crédit

Ils n'ont fait aucun commentaire sur mai 68
Aucun commentaire sur la société du spectacle
Mais ils savaient que Balzac était payé à la ligne
Et qu'on pouvait en tirer un certain mépris

Ils ne connaissaient pas d'histoires de résistance ou de Gestapo
Mais quelques arnaques pour payer moins d'impôts

Ils se souvenaient en souriant de la carte du PC de leurs pères
Mais peu de de Gaulle, une blague sur Pétain, rien sur Hitler

Ils avaient connu le monde sans télévision mais n'en disaient rien
Ils n'avaient pas voulu que je regarde "Apocalypse Now"
Mais je pouvais lire "Au c?ur des Ténèbres"
Je ne l'ai pas lu. On ne m'a pas dit que c'était bien

On ne m'a pas dit comment faire avec les filles
Comment faire avec l'argent, comment faire avec les morts
Il fallait trouver comment vivre avec demi-frère, demi-soeur,
Demi-mort, demi-compagne, maîtresse et remarié
Alcoolique, pas français, fils de gauche tu milites, milite
Fils de droite : hérite, profite

On ne m'a pas donné de coups
On m'a sans doute aimé beaucoup
Il n'y avait pas de choses à faire
À part, peut-être, polytechnicien
Il n'y avait pas de choses à ne pas faire
À part, peut-être, musicien

Elle m'a fait sentir que la drogue était trop dangereuse
Il m'a dit que la cigarette était trop chère
Elle m'a dit qu'une fois elle avait été amoureuse
Elle ne m'a pas dit si ça avait été d' mon père

Elle ne m'a pas dit comment faire quand on se sent seul
Il ne m'a pas dit qu'entre vieux amis, souvent, on s'engueule
On s'embrouille, que tout se brouille, se complique, qu'il faudrait faire sans

Elle ne m'a rien dit sur Freud et j'ignore Lacan
Pas de conseils ni de raison pratique
Pas de sagesse de famille, pas d'histoires pour faire dormir les enfants
Pas d'histoires pour faire rêver les grands

Il ne soufflait mot de la Nouvelle Vague
Et de tout ce qu'on voyait avant
Mais parlait du Louvre comme d'un truc intéressant

On ne disait rien sur Michel Sardou
Mais on devait aimer Julien Clerc
On m'a parlé d'un concert

Sinon, je ne sais rien des pauvres
Je ne sais rien des restes d'aristocrates
Je ne sais rien des gauchistes
Je ne sais rien des nouveaux riches
On ne parlait pas de catho, ni de juifs
Ni d'Arabes
Il n'y avait pas de Chinois
Elle trouvait que les Noirs sentaient
Elle n'aimait pas les odeurs
Lui, lui s'en foutait

Fils de, par Alexis HK

Fils de, par Alexis HK -

Amis nous nous sommes égarés
Nous étions une poignée de bougres à flâner,
le long des faubourgs trop vides
Sur les bancs des dortoirs glacés de la ville
Issus des rangs de la middle- class, du middle- west
Fumeurs de bangs, blancs comme les neiges éternelles de l'Everest
Zombies qui commentent la voûte céleste

Fils de hippies
Fils de centristes
Fils des enfants de mai 68
Fils de l'idéal, du général
fils errants dans l'ère Mitterrand
Fils de la bière et du néant
Fils de l'idéal, du général

Amis nous nous sommes égarés
Nous étions une poignée de bougres à glaner
Le son des trains de banlieue,
faisait gronder la terre du milieu
Rien ne tangue à part nos langues assoiffées
du vocable des fables rugueuses où les fées enfuies,
abandonnent les hommes au milieu de la nuit

Fils de hippies
Fils de centristes
Fils des enfants de mai 68
Fils de l'idéal, du général
Fils errants dans l'ère Mitterrand
Fils de la bière et du néant
Fils de l'idéal, du général

Et puis, nous nous sommes éloignés
Dans le temps, nous avons pris bedaine et poignées d'amour
Nos corps oublieux s'affaissaient sur la terre du milieu

Issus des rangs de la middle- class, du middle- west
Fumés par les gangs, méprisés par les ascètes
Assis ont oublié la voûte céleste

Fils de hippies
Fils de centristes
Fils des enfants de mai 68
Fils de l'idéal,du général

Et puis, les avions se sont crashés
Et soudain toute la terre s'est mise à trembler
Mettant à sang et à feu, les deux tours de la terre du milieu

vendredi 6 septembre 2013

Quand on voit ce qu'on voit, d'Agnès Bihl

Quand on voit ce qu'on voit, d'Agnès Bihl -

La France on l’aime ou alors on la quitte
Aux vacances prochaines, il ira en Égypte
On est sûr de bronzer vu le prix que ça coûte
Alors là, pas de doute
Il sait bien ce qu’il veut, d’ailleurs il est très clair
Il faut ouvrir les yeux mais fermer les frontières
C’est rien que des feignants, ça veut jamais bosser
Mais ça vole pourtant le travail des français

Mais quand on voit c’ qu’on voit
Puis qu’on est réaliste
Ben lui, il en r’vient pas
D’être aussi peu raciste !

Il est souvent même assez tolérant
La preuve il a un pote qu’aurait comme un accent
Mais là c’est l’exception qui confirme la règle
On s’rait bien dans la merde
S’ils étaient tous français dans l’équipe de France
Et comme il est inquiet chaque fois qu’il y pense
Ceux-là, bien entendu qu’il faut pas les confondre
Ils sont les bienvenus pendant la coupe du monde

Et quand on voit c’ qu’on voit
Et puis qu’on sait c’qu’on sait
Ben lui, il en r’vient pas
D’ l’avoir toujours pensé !

Alors, bien sûr et puis c’est évident
Qu’une femme c’est fait pour garder les enfants
Pas pour être voilée, lui, la sienne, c’est vrai
Qu’elle est libre au foyer
Mais entre le tchador et puis les kamikazes

C’est toujours la goutte d’or qui fait déborder l’ vase
Et là c’est la panique, on dira ce qu’on veut
C’est pas très catholique de croire autant en Dieu

Mais quand on voit c’ qu’on voit
Et puis qu’on vit c’ qu’on vit
Ben lui, il en r’vient pas
De l’avoir toujours dit !

C’est très logique et pas du tout facho
Mais que fait la police avec tous nos impôts ?
Cela dit, faut c’ qui faut, des idées il en a
Lui, il vote à chaque fois
C’est la démocratie, il a l’ droit d’ s’exprimer
N’en déplaise aux gauchistes, aux femmes et aux pédés
Pis comme il est d’accord que la vie c’est sacré
L’est pour la peine de mort et contre l’IVG

Mais quand on voit c’ qu’on voit
Et puis qu’y font c’ qu’y font
Ben lui, il en r’vient pas
D’avoir eu bien raison

Mais quand on voit c’ qu’on voit
Et puis qu’on dit c’ qu’on dit
Ben lui, il en r’vient pas
D’avoir pas tout compris

Tous les hommes sont frères
C’est la démocratie
Tous les hommes sont frères
Mon Dieu, mais quelle famille !